• J'aime bien les godasses.

    J'ai des tongs, des nus-pieds, des babies à petits talons (pas trop haut, parce que j'ai vite une démarche de dinde), des croquenots, des babouches, des tatanes de toutes les couleurs. Et même des baskets qui courent vite.

     

    Mais de plus en plus, on entend le bruit des bottes, qui marchent au pas.

     

    Un bruit qui fait froid dans le dos.

    Des bottes qui marchent au pas. Le front haut. Le cœur haineux.

     

    Ce qui ont mis leurs bottes, les font claquer, bien fort. Pour qu'on ait peur, parce qu'ils ont peur.

    Leurs bottes, elles viennent de leur village. Et ils les mettront aux fesses de ceux d'autres villages, ceux de l'autre côté de la rivière. Parce que ici, c'est chez eux.

     

     

    Dans leur bottes, il y a de gros sabots. Alors, c'est lourd à porter, ça fait mal aux orteils.

    Alors, ils gueulent. Ils gueulent qu'on ferait mieux de donner du pain aux vieux.

    Ils n'ont jamais donné de pain à personne, même pas une vieille croûte, ils les gardent pour leurs chiens... Parce que leurs chiens, ils les aiment bien. Mais, ça ne coûte pas de pain (français) de le dire.

     

    Et on les entend de loin, avec leurs grosses bottes. Avec leurs "Nan, mais, il faut penser à nos pauvres de notre village avant de penser à ceux d'un autre village".

     

    Ils dorment avec leurs bottes, parce qu'ils ne veulent pas qu'on les leurs prenne. En fait, c'est ce qu'ils disent, parce que, en réalité, leurs pieds ont enflé et leurs bottes, ils n'arrivent plus à les retirer. Et ils en font des cauchemars. Qu'on vient leur piquer leurs bottes. Et ils dorment mal. Alors, ils sont de mauvaise humeur. Alors, ils gueulent encore plus fort, contre n'importe qui, en disant n'importe quoi. Mais ils gueulent, même contre le chien (il parait que le clébard est aller fricoter dans le village d'en face, le bâtard !)

     

    Ils mettent leurs bottes devant leurs yeux pour lire. Du coup, ils comprennent à côté de ses pompes. Que donner 1000 euros à ceux qui viennent des autres villages à la place de les donner aux vieux de la place de notre village, c'est vraiment dégueulasse. (pour info, quand on lit sans bottes devant les yeux, on sait que les 1000 euros sont donnés... aux villes. Oui, ça change tout)

     

    Ils mettent leurs bottes sur leurs oreilles, du coup, ils n'entendent plus que leur nom de famille fini en "ski" en "iev" en "os" en "ez". (mais en fait, eux, c'est pas pareil, il parait)

     

    Ils mettent leurs bottes et ils sortent avec leurs copains à bottes, avec leur femme à bottes, avec leurs enfants à bottes pour aller bouter l'étranger hors de leur village.

     

    Les bottes, c'est pratique, on peut avoir des idées de merde avec sans avoir de traces sur son pantalon. C'est classe.

     

    Dans le fond des bottes, ils ont mis leur cerveau et leur coeur. Ouais, l'intelligence est tout à fait soluble dans les bottes, comme le sens de l'humanité.

     

    Avant, les bottes, on les planquait au fond du placard. Elles étaient là, mais personne n'osait les mettre pour sortir. Maintenant, les bottes se montrent, elles s'exhibent, fièrement.

    Fier d'avoir des bottes.

     

    En réalité, le bruit des bottes, ça n'est pas une histoire. C'est l'Histoire. L'Histoire qu'ils ont oublié.

    Le bruit des bottes me fait froid dans le dos.

    Le bruit des bottes, c'est l'inhumanité en marche.

    Le bruit des bottes commence à me terrifier par son inhumanité.

    Parce que c'est grave. Vraiment.

     

    Moi, j'aimerais mettre des baskets qui courent vite et partir loin, loin du bruit des bottes.

    Parce qu'il est là, le bruit des bottes. A ma porte, dans la rue. Partout.

    Alors, même s'il pleut, je continue à mettre mes petites chaussures légères, mes chaussures jolies. Et j'espère n'autoriser personne à me marcher sur les pieds. Mes godasses, elles ne font pas beaucoup de bruit mais elles permettent de voler.

     

    Allez, Love sur vous. Y'en a besoin, du love. Plein.

     

    Sinon, je suis FB et sur instagram.

    Et je vire tous les com remplis d'immondices. Allez les répandre ailleurs. Merci.

     

    (ce sont les premières chaussures de la petite benjamine... y'a bien longtemps)

    Est-ce une bonne idée d'entendre le bruit des bottes ????

     

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    17 commentaires
  • Je m'appelle Aylan Kurdi.

    J'ai 3 ans.

    J'aime mon papa. J'aime ma maman. j'aime mon grand frère, même si des fois il m'énerve.

    J'aime ma grand-mère.

    Mon papa, il est très fort. C'est un docteur. Il soigne les gens. Il me porte dans ses bras. J'aime bien.

    Ma maman, elle est très forte. Elle est maitresse. Elle apprend à lire aux enfants. Elle me soigne aussi, elle sait faire les bisous magiques quand je tombe. J'aime bien.

    Et j'aime mon doudou. Il est toujours avec moi. Même si mon frère dit que c'est un truc de bébé.

     

    Ma maman m'a dit qu'on allait faire un beau voyage. Qu'on allait prendre un bateau.

    J'ai bien vu qu'elle avait un drôle de tête. Elle ma fait un sourire un peu en biais. Elle m'a serré très fort dans ses bras. J'ai pas compris.

     

    Comme on partait en voyage, on allé voir ma grand-mère, pour lui dire au revoir. Elle m'a serré un peu fort dans ses bras, j'ai eu un peu mal.

    Et puis, elle a pleuré. Elle m'a embrassé sur le front en me tenant les joues. j'aime bien ses mains, elles sont douces.

    J'ai dit : Pourquoi elle pleure ? C'est bien, un voyage, non ?

    Papa a dit : Elle pleure, parce qu'elle aimerait bien faire un voyage aussi, mais elle doit rester ici, sinon qui s'occuperait du chien ?

    Elle nous a dit d'appeler quand on serait arrivés De le faire. Ne pas oublier d'appeler.

    Maman a dit oui.

     

    Et puis, on est partis. On n'a pas pris de valises. Juste un sac.

    J'ai serré fort mon doudou.

     

    J'ai bien vu que Papa et maman pleuraient.

    Je n'ai rien dit. Je crois qu'ils sont tristes qu'on ne prenne pas le chien.

     

    On a marché, marché, marché. J'étais fatigué. Alors, j'ai pleuré. Mon frère m'a dit que j'étais un bébé. Je ne suis pas un bébé, j'ai 3 ans. J'ai serré mon doudou.

     

    Et puis il y a eu beaucoup de gens qui partaient en voyage avec nous.

    Je n'ai pas aimé.

    On est monté sur un bateau. On était serrés comme des sardines. On ne pouvait pas s'assoir. J'avais envie de faire pipi.

    Je ne suis pas très grand, j'étais coincé dans les jambes des gens. J'ai eu peur de perdre mon doudou.

    Mon frère a pleuré aussi.

    Et ça sentait mauvais, ça bougeait.

    Les gens criaient.

    Maman m'a pris dans ses bras, elle m'a chanté dans le creux de mon oreille la chanson qu'elle chantait quand j'étais un bébé. Je ne suis plus un bébé. J'ai 3 ans, j'ai des chaussures qui courent vite.

    J'ai mis mon doudou sous mon nez. Il sent bon, mon doudou. J'ai fermé les yeux.

     

    Et puis, ça a bougé de plus en plus. Et puis maman n'a plus réussi à me porter. Papa a posé mon frère, il m'a  pris dans ses bras.

    Et d'un coup, ça a basculé.

     

    Je suis tombé dans l'eau. C'était froid.

    Je ne voyais pas papa. Pas maman. J'ai serré mon doudou encore plus fort.

    Y'a eu de l'eau partout. Au dessus. Au dessous.

     

    Je crois que c'est là que j'ai lâché mon doudou.

     

    Je m'appelle Aylan Kurdi. J'ai 3 ans pour toujours. J'ai perdu mon doudou.

     

    ...

     

    ...

     

    ...

     

    J'espère que papa a pensé à appeler ma grand-mère quand ils sont arrivés.

     

     

     

    Parce que ce ne sont pas des migrants. Parce que ce ne sont pas des réfugiés. Parce qu'ils sont des enfants, des mamans, des papas, parce qu'ils ne peuvent pas appeler la grand-mère pour la rassurer. Parce qu'ils s'appellent Aylan... Parce qu'ils s'appellent...

     

    Parce que je conchie tous ceux qui pensent qu'on ne peut pas accueillir toute la misère du monde. (je rappelle qu'il faut en prendre sa part)

     

    Parce que j'ai honte.

     

    Parce que c'est inhumain. Voilà. Ça dépasse l'humanité.

     

    (On pourrait les sauver mais) "On attend qu'ils meurent d'abord. A croire que le laisser-mourir est un outil de dissuasion. (...) Mais, celui qui part pour la survie, qui considère que la vie qu'il a à perdre ne vaut rien. Celui-là, sa force est inouïe". Fatou Dioume (pour ceux que ça intéresse, j'ai mis la vidéo sur mon mur perso (marion cailleret).

     

    Je suis aussi sur FB et vu que j'en ai ras la casquette de devoir justifier mes propos, je vous dis une chose : suivez les blogs que vous aimez. Pas ceux qui ne vous plaisent pas. Je vous jure que ce faire du bien, c'est vachement chouette.

     

    Je n'ai pas voulu mettre cette image, de ce petit garçon, sur le sable. C'est donc le benjamin, mon benjamin. Avec son doudou. Quand il avait deux ans. Naitre du bon côté...

     

    Est-ce une bonne idée de s'appeler Aylan Kurdi et d'avoir 3 ans pour toujours ???

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  • C'était il y deux semaines.

    Avant de partir en vacances.

    Nous faisions les valises quand on a sonné à la porte.

    C'est le papa qui a ouvert.

    Devant la porte, un p'tit gars. A vélo.

    Un copain de la cadette.

     

    La cadette est descendue. Elle a laissé sa valise, avec l'espoir qu'elle se ferait toute seule.

    Le gamin a demandé si la cadette pouvait venir jouer. Plus loin que le pont.

     

    La cadette a soupiré : Pffffff... Nan, je ne peux pas, je dois faire ma valise.

    Le gamin : Moi, je ne pars pas en vacances.

    La cadette : ...

    Le papa : ...

    La cadette : et de toutes façons, je n'ai pas le droit d'aller plus loin que le pont.

    Le gamin, un peu estomaqué : Hooooo, ben dit donc, t'as pas de chance. Moi, j'ai le droit d'aller sur le pont et même plus loin. Moi, j'ai de la chance !

     

    Il a souri.

     

    Il est parti vers le pont.

    La cadette l'a regardé s'éloigner.

    Elle est remontée finir sa valise.

    Elle n'a rien dit, mais je crois que ce jour-là, elle était d'accord avec le p'tit gars. Ce jour-là, elle a trouvé qu'elle n'avait vraiment pas de chance.

     

    Moi, j'ai compris que ce gamin a l'immense force d'être heureux de ce qu'il a.

     

    Allez, je suis sur FB et sur instagram (encore que, avec le manque 3G, j'y suis moins !)

    Loooove sur vous !

     

    Est-ce une bonne idée de connaitre sa chance ????

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  • Le mois de juin, on l'aime bien.

    En théorie, il y fait beau.

    Le mois de juin, c'est le mois de la fin. La fin de l'école, la fin des ateliers. Et comme nous sommes un peuple joyeux, nous fêtons les fins. Beaucoup, à la folie. Trop.

    C'est aussi ici, le mois de deux anniv. La cadette et le benjamin.

    C'est aussi le mois de plein d'anniv de plein de potes. Mais pétard, que ce passe-t-il au mois de septembre pour qu'il y ait tant de bébés conçus à cette période. Est-ce parce que nous sommes un peuple joyeux et que nous fêtons le début aussi ??

     

    Le mois de juin est aussi celui du bout. Du bout du rouleau, du bout du bout de l'énergie.C'est le mois de la fatigue.

    A plat.

    Pieds de plomb. Même pour la fête. Pas envie. Plus d'énergie.

     

    Enchainer les gâteaux, encore des gâteaux, gâteaux d'anniv à la maison, gâteaux d'anniv à l'école, gâteau d'anniv avec les copains, gâteaux pour la fête des parents, gâteaux pour la fête d'école, gâteaux pour la fin des ateliers, gâteaux, gâteaux, gâteaux, gâteaux... Comment voulez qu'on soit légers avec tous ces gâteaux.

    Pieds de plombs et gras aux fesses.

     

    Et toujours les pieds de plombs. Lourds à bouger.

     

    Réussir à aller aux fêtes. Laisser ses tatanes en fer forgés à la grille et entrer dans la fête, le pied léger.

     

    Et chaque fois, ressortir des fêtes légère et heureuse. Heureuse d'avoir ri, heureuse d'être émue, heureuse d'avoir papoté plus de 3min avec les copains-parents. Heureuse et légère. Fatiguée, mais contente.

     

    Parce qu'il est comme ça le mois de juin. Il nous demande de réussir à prendre le temps. Réussir à prendre le temps d'être léger. Beaucoup, à la folie ! Prendre le temps qu'on n'a pas.

    Tellement léger qu'on en a presque un don d'ubiquité, que l'on peut concilier une entre-vue avec la maitresse de la petite dernière, la fête de la crèche et la remise des médailles au collège en moins de deux heures.

    Il est comme ça le mois de juin, il nous donne des ailes pour être partout à la fois.

     

    Il est comme ça le mois de juin, il nous fait rire aux éclats, nous émouvoir aux larmes.

     

    Il est comme ça le mois de juin, il nous rend léger pour nous faire oublier que l'année est passée trop vite, que le temps court bien plus vite que nous et qu'avec nos pieds de plombs, on ne court pas assez vite pour le rattraper, il nous file entre les doigts.

    Le mois de nous fait léger pour qu'on court aussi vite que le temps. Légers et contents d'être content. Pour qu'on fête la fin... qui est aussi le début de l'été !

     

    Soyons légers !

     

    Allez, c'est le dernier jour de juin. Presque la fin ! Joie et bonne humeur !

    Love sur vous.

    (je suis FB et instagram)

    Est-ce une bonne idée qu'il y a un mois de juin par an ???

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  • Chez nous, on est 7. Enfin, en théorie. Parce que, en pratique, il y a :

     

    Ce papa.

     

    Moi.

     

    L’aînée.

     

    La cadette.

     

    Le benjamin.

     

    La petite benjamine.

     

    Ce bébé.

     

    Et… Cépamoi.

     

    Pas un chat. Pas un chien.

     

    Trois poules, mais elles sont dans le fond du jardin.

     

     

     

    Cépamoi est arrivé à la maison quand l’aînée a eu deux ans et demi, environ.

     

    Je ne l’ai pas vu venir…

     

     

     

    Cépamoi ne sait pas viser, il fait pipi à côté de la cuvette des toilettes.

     

    Cépamoi est désordonné, il laisse trainer ses jouets.

     

    Cépamoi n’a aucun sens de la préservation de la planète, il laisse les lumières allumées, il laisse l’eau couler.

     

    Cépamoi ne sait pas se laver sans foutre de l’eau partout.

     

    Je sais que Cépamoi n’a qu’un pied parce qu’il ne laisse trainer qu’une chaussette. Sale, la chaussette.

     

    Cépamoi est toujours enrhumé, il fout ses mouchoirs partout sauf dans la poubelle.

     

    Cépamoi est difficile, il planque les salsifis sous son assiette.

     

    Cépamoi est bigleu, il ne voit pas le tas de jouets qui trainent dans le salon et qu’on a demandé de ranger il y a plusieurs jours déjà.

     

    Cépamoi a des problèmes de ballonnement, il pète à table et ne dit pas pardon.

     

    Cépamoi est un goinfre, c’est lui qui a bouffé le dernier flamby.

     

    Cépamoi est un artiste qui a pourri les murs de la chambre de la petite benjamine en dessinant des traits au feutre.

     

    Cépamoi n’a aucune mémoire, il ne sait jamais où sont rangées les clefs de la maison.


    C’est lui aussi qui a sauté sur le lit des parents et qui a renversé la table de nuit, le verre d’eau et le réveil… Mais Cépamoi est un peu lâche, alors, il ne dit rien.

     

    En revanche mes enfants sont de sales petits délateurs.

     

     

     

    Bref, Cépamoi est un sale mioche mal élevé.

     

    Si un jour je croise sa reum (et son père aussi, d’ailleurs), je lui dirais deux mots sur ce que je pense des mioches qui n’en foutent pas une rame.

     

    Nan, mais sans déconner !

     

     

     

    J’ai bien essayé de refiler Cépamoi, discrètement, à mes copines… Malheureusement, il paraît qu’il y a aussi un Cépamoi chez mes potes. C’est dingue !

     

     

     

     

     

    Allez, moi, je suis sur FB et aussi sur instagram : @marioncailleret

     

    Est-ce une bonne idée que « Cépamoi » habite chez moi ???

     

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